Aujourd’hui,
« journée de la femme », nous pensons plus particulièrement aux
femmes corses, nos mères, grands-mères et aïeules qui nous ont transmis les
valeurs qu’à notre tour nous devrons transmettre à nos enfants.
Colomba, l’héroïne de
la nouvelle éponyme de Prosper Mérimée est la représentation de la femme
corse ; cette image d’une femme forte au caractère bien trempé et qui
exerce une autorité réelle sur sa famille y compris sur l’élément masculin se
reflète dans l’imaginaire collectif. Bien
qu’il s’agisse d’une fiction, l’auteur s’est inspiré d’une Colomba réelle et
d’une histoire vécue.

On retrouve du reste
dans la réalité bien d’autres exemples de femmes corses dotées de fortes
personnalités.
On pense évidemment à
Laetitia Ramolino qui régentait même, dit-on, son empereur de fils. Mais ce qui
est certain en tout cas c’est qu’elle se faisait respecter par tous.
De même on peut citer
Dionisia Valentini , la mère de Pascal Paoli dont la vie, pour ce que l’on en
connait montre clairement qu’elle était loin d’être une faible femme , ayant
résisté à son oncle ecclésiastique, qui était son tuteur pour arriver à
finalement épouser Giacinto.
Plus prés de nous on
pense à la personnalité de Danielle Casanova dont le courage et la volonté
furent exemplaires dans des circonstances dramatiques auxquelles ont été plus
généralement confrontés des hommes.
Mais cette
représentation que l’on se fait de la femme corse est-elle bien conforme à la
réalité ?
En examinant bien ce
que fut la condition féminine dans les siècles passés on serait tenté de
répondre par la négative. On y découvre au contraire que les femmes corses
étaient soumises à l’autorité des hommes dans une société patriarcale s’il en
fut.
Des femmes qui
n’avaient aucun pouvoir de décision y compris sur leur propre vie qu’elles
devaient subir passant de l’autorité d’un père à celui d’un époux. Enlevées à
leur maison natale, souvent à leur village
et vouées à une vie de labeur dont on n’insistera jamais assez sur l’extrême dureté.
La part de travail de
la femme était supérieure à celle de l’homme. Outre la
« purturatura », la corvée de portage qui leur était dévolue (les
hommes ne portant dans leur vie que le cercueil), « e donne facianu in
casa è fora » c'est-à-dire que en plus des taches domestiques, elles
devaient participer aux travaux extérieurs, moissons, récoltes, vendanges…

Citons quelques
proverbes qui illustrent bien le sort qui leur était réservé :
« Da e donne è da
i boi cacciane quant’è tù poi » : des femmes et des bœufs tire le
maximum (de travail) ;
Patrimonio, vendanges 1913.
« Hè megliu à esse
mule orezzinche chè donne lutinche » : il vaut mieux être une mule
d’Orezza qu’une femme de la pieve de Lota.

On ne peut pas non plus
passer sous silence la condition affective et morale des jeunes épouses considérées
comme des étrangères dans la maison de leur mari dont seule la naissance d’un
enfant mâle, bien entendu, leur permettait d’accéder à une position plus confortable.
Pour conclure, c’est
sans doutes à cause de ces conditions de vie difficiles qui ont perduré pendant
des générations que les femmes corses ont acquis cette force de caractère que l’on retrouve souvent chez elles et encore de nos jours.