En Corse, l'administration pénitentiaire possède trois établissements. Parmi ceux-ci, c'est sans conteste l'établissement pénitentiaire de Casabianda qui attire le plus souvent l'attention des médias. Il est vrai que le fait qu'il s'agisse d'une prison sans barreaux, dont une part importante des détenus sont des délinquants sexuels, contribue pour beaucoup à cette renommée.

Casabianda une prison sans barreaux

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, le domaine de Casabianda est acheté par l'Etat, lequel souhaite le transformer en pénitencier agricole. Cet achat intervient dans le cadre d'une politique générale de création de pénitencier agricole. Il en est également créé un pour mineur près d'Ajaccio. A ce sujet, on lira avec profit le livre de René Santoni:  la colonie horticole de Saint Antoine, le bagne pour enfants d'Ajaccio sous le second Empire. 

Toutefois l'expérience tourna court et le pénitencier de Casabianda fut fermé au bout d'une vingtaine d'années de fonctionnement.

Réouverte en 1948, la prison de Casabianda compte aujourd'hui environ 180 détenus. La population carcérale de cette établissement est composée aux trois quart d'auteurs de crimes ou de délits de nature sexuelle. Les détenus, qui souvent exécutent là la fin de leur peine, sont principalement employés aux travaux agricoles. Ils travaillent  soit sur le domaine dont la superficie est de 1.500 ha., soit sur les exploitations agricoles situées aux alentours.

L'absence de barreaux est fréquemment dénoncée par les détracteurs de la prison de Casabianda. Force est toutefois de noter qu'en 60 ans de fonctionnement, il n'y a jamais eu  ni agression sexuelle dont l'auteur serait un détenu, ni évasion. S'agissant du risque d'évasion, tous les détenus s'accordent d'ailleurs à dire que les barreaux qui les retiennent sont dans leurs têtes. Il est vrai qu'avant d'être transférés à Casabianda, ils ont effectué une grande partie de leur peine dans des établissements "classiques", où d'une façon générale, les conditions de détention sont telles  qu'on n'imagine sans peine que personne ne souhaite courir le risque d'y retourner. A cela s'ajoute la très forte stigmatisation dont sont l'objet  les délinquants sexuels, désignés sous le terme de "pointeurs", de la part des autres co-détenus.

Reste une interrogation : quelle peut être la pérennité d'un tel établissement à l'heure où de plus en plus de détenus, issus de milieux urbains, n'ont pas de connaissance du monde agricole ?