U Paese, le blog des Amitiés corses de Lyon

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Fêtes et traditions en Corse

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dimanche 23 décembre 2012

La Veillée de Noël et l’ochju


Chers amis de la Corse, chers compatriotes, aujourd’hui, à quelques heures du réveillon de Noël, qui est un moment magique pour les petits et les grands, je ne tenterai pas d’établir des ponts entre Lyon et la Corse, mais je vais vous parler de la nuit de Noël  sous  un angle étrange  que les Corses connaissent bien et que, peut être, nos amis lyonnais ignorent. Je vais vous parler, avec mon point de vue très personnel, de l’ochju.

 

L’ochju, c’est une croyance immémoriale et mystérieuse qui perdure  en Corse. L’ochju, c’est l’œil mais davantage. Dans de nombreuses cultures et particulièrement en Méditerranée, on retrouve cette croyance que l’autre peut nous occasionner divers malheurs par l’acuité de son regard, souvent envieux ou jaloux. Mais qui dit danger, dit aussi antidote. Chacun a entendu parler du nazar boncuk répandu en Turquie, Arménie, Iran, Grèce, de l’ophtalmoi grec qui décore la proue des navires, de l’œil d’Horus en Égypte, du kutun basque et d’autres traditions ou rituels de protection pour chasser le mauvais œil. L’œil c’est l’emblème de la conscience, de la vigilance et de l’éveil. Dans de nombreuses campagnes en France, les ethnologues ont repéré des superstitions similaires. Et je compte sur vous, chers lecteurs qui connaissez bien les secrets de Lyon  pour me dire ce qui se pratique à Lyon et dans sa région pour se protéger du « mauvais œil » pour le dire rapidement.  Car en Corse, on ne dit pas « mauvais œil » mais ochju tout court car parfois il peut avoir été lancé sans malveillance.

En Corse, par exemple, on utilise le corail ou l’œil de Sainte Lucie et je suis sûre que vous avez tous été attirés par ces objets dans les boutiques de souvenirs des destinations touristiques de la Corse.

Bijoux représentant l'oeil de sainte Lucie 

Ce sont les enfants et les animaux qui sont considérés comme les plus vulnérables à l’ochju. C’est pourquoi, on offre à la naissance une main en corail, en forme de figue que chacun porte sur soi ou à portée de main. Nous avons tous supporté, dans l’enfance, ces bénédictions à base de postillons effectuées par de vieilles femmes inquiétantes, toutes vêtues de noir pour contrecarrer les compliments Nous avons tous mis notre main dans la poche pour faire les cornes lorsque quelqu’un faisait notre éloge plus que de raison. Toute cette ambiance  étrange a un écho en nous,  lié à la magie du village en été avec les défilés devant les anciens et les anciennes. Elle alimentait le folklore et la nostalgie du village et des vacances. Partir au village, c’était un voyage dans l’espace et  dans le temps.

 

Et en hiver, la nuit, on sentait bien que le village perdu au milieu de la Méditerranée gagnait en mystère et que tout prenait une autre dimension. On imaginait une vie nocturne  sur laquelle nous gardions le silence.  Ça nous faisait peur et ça nous fascinait à la fois. On garde tous du village en hiver, les odeurs de bois de châtaignier et de scopa dans la cheminée et de cette épaisseur de la nuit qui pousse à l’introspection, la médiation, au rêve et à  la vie rythmée par les saisons.

 

C’est une constante que l’on retrouve dans tous les contes pour enfants,  au chaud, dans la maison, près de la cheminée, bien protégés et dehors, le froid, le vent, la nuit , la part cachée de l’humanité et le monde invisible. La nuit, c’est  l’imaginaire, la part féminine  et poétique de chacun d’entre nous qui s’éveille.

 

Nous nous souvenons tous de ces soirs de Noël devant la cheminée , du figatellu  grillé, de la sobriété des repas, de cette ferveur particulière avant la messe de minuit, dans l’église décorée d’arbousier, de santons et de couleurs vives,  des salves dans la nuit  à minuit pile, de la lumière douce dans la salle.

 

Et dans cette nuit, particulière de Noël, juste avant minuit, a lieu, encore, depuis des millénaires une tradition qui se perpétue de grand mère à petite fille  et qui tient lieu d’initiation. Les initiées transmettent à leurs  petites filles l’incantation et le rituel qui permet de signer, de conjurer l’ochju et d’autres maladies avec des  techniques variables selon les familles et les  régions. Certes, des hommes deviennent aussi signadori. Mais j’ai envie de prendre cette tradition sous l’angle féminin.

 

Bien sûr, je ne vais pas dévoiler ce rituel qui permet à la récipiendaire de devenir una signadora mais je dirais que c’est un moment unique où l’on n’entre non pas dans un autre monde mais où on trouve sa place dans une grande chaîne qui relie les femmes corses depuis si longtemps.

Perdues dans cette île au milieu de la mer  et reliées à toutes les femmes de la Méditerranée et de la tradition. C’est un honneur et une responsabilité que de recevoir cette initiation. Cela ne requiert aucun don particulier, juste une certaine réceptivité et une forme de générosité car la conjuration se pratique toujours gratuitement.

Et ainsi, on passe de l’autre côté du miroir. Petits, lorsqu’ on nous signait pour  conjurer l’ochju parce que nous étions fatigués ou malades, ce rituel nous projetait dans un monde irrationnel et fascinant. Cette assiette d’eau où des gouttes d’huile versées religieusement pouvaient indiquer l’origine de notre mal être, ces gestes répétés de manière sacralisée,  ces prières dites à voix basse, c’était étrange et inquiétant.

L’huile d’olive, issue de l’arbre de la paix, associée aux rituels de protection et de purification permettait à la signadora de lire dans les profondeurs de notre être, d’avoir des visions.

L'ochju

Elle devenait ainsi une fée bienveillante, une bonna donna. 

Hélas, en chacun de nous sommeille un apprenti sorcier ou une apprentie sorcière. C’est pourquoi beaucoup se sont méfiés voire défiés de ces pratiques parfois instrumentalisées pour mettre l’autre sous  emprise. Pour certains  et surtout, du côté des hommes, c’était une régression vers l’obscurantisme dont la Corse avait bien souffert. Chacun sait combien les femmes ont pu parfois, dans l’histoire corse, faire reculer la raison. Il ne m’appartient pas de commenter l’efficacité de ce pouvoir qui ne peut être transmis que la nuit de Noël.

L’ochju n’a rien à voir avec  la magie noire, l’occultisme ou le mazzerisme. il s’agit bien de magie blanche, de médecine empirique qui nous rattache par la ferveur des prières, au christianisme. L’abbé Mondoloni dit que le christianisme s’est enraciné en Corse car le paganisme y était très puissant. L’ochju va même au-delà du paganisme puisque d’après certaines études ethnologiques récentes, cette pratique magico-religieuse, ferait écho à nos probables origines mésopotamiennes. En effet, il y a des similitudes troublantes dans notre langue et ces rituels, avec la civilisation sumérienne qui a commencé à se développer il y a 8000 ans .

La date de la transmission de l’incantation, la nuit de Noël,  en revanche, reste  un mystère mais on pourrait raisonnablement l’associer  à la tradition païenne des fêtes qui accompagnent toute la période du solstice d’hiver, dans laquelle nous venons d’entrer.

N’oublions pas qu’avant de fêter la nativité du Christ le 25 décembre et de transformer cette date en débauche commerciale et profane, on a fêté depuis la nuit des temps ce grand moment de retour vers la lumière.  Du Nord au Sud, d’Est en Ouest, on trouve la trace encore vivace de toutes ces festivités.

En Corse, le jour de Noël est lié à des croyances agro-pastorales plus anciennes. Cest le seul jour où lon ne tient pas compte de la lune pour semer, planter, couper ou tailler. On peut évoquer quelques dictons : "Prima di Natale ni freddu, nè fame " ( Avant Noël ni froid, ni faim), " Da Natale in dà, freddu ( ou fretu è fame) in quantità ( Au delà de Noël, froid (et faim) en quantité ), " Un cè Natale senza gercale " ( Il ny a pas de Noël sans grecale, qui est un vent froid sec et vif) Et puis il y a une coutume qui malheureusement se perd : u piattu di u puverattu (Lassiette du pauvre). Le jour de Noël, on met une assiette de plus au cas où un pauvre hère frappe à la porte.

 

Si la pratique magico-religieuse  de l’ochju et la transmission de l’initiation ont perduré depuis des millénaires c’est probablement dû à l’impact que continue à avoir ce rituel, à sa simplicité, à la force symbolique des éléments convoqués, l’eau, la terre, le feu, l’huile,  à la force de l’intention et au climat de recueillement dans lequel il s’opère.

 L'ochju, photo ancienne

 

Le rituel de l’ochju  est comme la Corse, au carrefour de diverses influences entrelacées,  du chamanisme ancestral au christianisme en passant par le paganisme.

Il donne surtout  à la femme une place centrale dans le système de protection par rapport aux forces invisibles. Les femmes vivent dans l’ombre mais proches de l’émergence de la lumière qui revient avec l’espérance. Les femmes aux portes  de la vie et de la mort. Les femmes protectrices du foyer et de la maison. Ce sont les femmes qui encore aujourd’hui, se sentent gardiennes de cette tradition dont on ne connaît pas l’origine. Elles n’y voient pas un pouvoir mais y trouvent une puissance, celle qui nous rattache aux archétypes originels, aux mystères de la nuit et de la vie.

Alors, chers amis, voyagez, envolez vous dans le temps et l’espace puisque le  soir de Noël  toutes les frontières sont abolies.

Bona festa, bon natale a tutti et à bientôt.




samedi 7 janvier 2012

L’épiphanie, a Pasqua pifania

Chers amis de la Corse, chers compatriotes, de l’origine et des traditions autour de l’épiphanie, a Pasqua pifania, en France, en Corse et dans le monde.

L’Epiphanie commémore la présentation de l’enfant Jésus aux Rois mages. Célébrée par toutes les églises chrétiennes le 6 janvier, la fête a été reportée au deuxième dimanche suivant Noël dans les pays où ce jour n’est pas férié, comme en France.

 

Comme souvent, derrière une manifestation religieuse, on retrouve  des rites païens. Partout on a célébré le retour du soleil au début du solstice d’hiver avec les fêtes dionysiaques grecques ou  les Saturnales romaines.Car Noël, avant d'être un jour précis, est  un cycle, qui atteint son apogée au jour du solstice d'hiver le 25 décembre et  prend fin le 6 janvier, 12 jours après.

Jusqu’en 325, le 6 janvier fut considéré par la chrétienté comme la véritable date de naissance du Christ.

Puis,  au concile de Nicée, le pape Liberus instaura le 25 décembre, pour fêter la nativité, Noël. Et dans une perspective de conversion au christianisme, en 340, le Pape  Jules récupéra cette date du 6 janvier pour célébrer la légende des Rois mages.

En grec, « Épiphanie »,signifie « manifestation » ou « apparition »L'Épiphanie chrétienne est une célébration de la manifestation publique du Fils de Dieu incarné , une « Théophanie »

On désigne aussi  l’épiphanie par « jour des Rois » en référence aux Rois mages. Traditionnellement, les Rois mages, sont les visiteurs qui, ayant appris la naissance de Jésus, vinrent de pays étrangers lui rendre hommage en lui apportant trois présents symboliques , l’ or, la myrrhe et l’encens. D’où les trois rois Mages nommés Melchior, Balthazar et Gaspard.




Si pour les Arméniens ou les Coptes, Noël se fête le 6 janvier, dans l’ensemble, la célébration de l'Épiphanie  donne lieu à des traditions populaires variées d’inspiration carnavalesque.

En Allemagne et en Alsace, à l’Épiphanie, les enfants de la paroisse, menés par trois enfants déguisés en Rois Mages aillent en cortège sillonnent les rues du village. De maison en maison, ils donnent un petit spectacle rappelant l'adoration des Mages et  proposant leur protection aux habitants en échange de nourriture, de friandises ou de quelques pièces.

Au Portugal, on trouve le Bolo Rei. En Espagne, le Día de los Reyes Magos est un jour férié pendant lequel les enfants reçoivent leurs cadeaux plutôt qu'à Noël. On déguste  le Roscon de Reyes, parfumé d’eau de fleur d’oranger et décoré de fruits confits et d’amandes effilées dans lequel est glissé une pièce d’argent ou une figurine en porcelaine.  Au Mexique, comme les Rois Mages guidés par l’étoile du berger, chaque famille apporte des friandises sur la place du village pour remplir les Pinatas, d’énormes animaux en poterie ou papier mâché colorés qu’on suspend le jour de l’Épiphanie. Les enfants doivent briser les Pinatas afin qu’elles déversent tout leur contenu de friandises comme pourrait le faire une corne d’abondance.

 

En Belgique et aux Pays-Bas, on déguste une galette à la pâte d’amande. En Flandre,  les enfants parcourent les rues en chantant la chanson de l’étoile et font du porte à porte pour recevoir des mandarines et des bonbons. En Wallonie, c’est à ce moment qu’on commence la préparation du Carnaval.

Dans le sud des États-Unis, on tire les Rois le 6 janvier. On mange des king cakes durant toute la période qui va de l'Épiphanie jusqu'au carnaval de mardi gras.

En Grèce et à Chypre, on découpe la Vassilopita, une galette en l'honneur de saint Basile de Césarée sur laquelle on dépose une pièce d’or.

En Bulgarie, les hommes exécutent une danse traditionnelle, le horo, dans l'eau glacée.

 Comment expliquer l’inspiration carnavalesque de toutes ces coutumes populaires (rois, galette, fève, cortège..)  ?N’oublions pas que si l'Épiphanie (le 6 janvier), clôture le cycle de Noël , elle  inaugure également, le cycle du Carnaval qui prend fin le mardi gras, veille du début de la période de carême.

Le Carnaval relève d’ une tradition archaïque liée aux cycles saisonniers et agricoles, que l’on retrouve dans les Saturnales et les fêtes dionysiaques.  L'extinction des feux, le retour des âmes des morts, la confusion sociale, l’inversion des rôles, la licence érotique, les orgies,  symbolisent la régression du cosmos dans le chaos

La tradition de la galette des rois  s’inspire d’un rituel romain où on désignait un esclave comme « roi d’un jour ». Au cours du banquet , on utilisait la fève d’un gâteau comme « bulletin de vote » pour élire le Maître des Saturnales ou Roi du désordre. Il avait le pouvoir d’exaucer tous ses désirs pendant la journée avant d’être mis à mort, ou plus probablement de retourner à sa vie servile.  La  fête des Fous au Moyen âge et des « rois et reines » des carnavals actuels relèvent de cette lignée.

Jadis, l’usage voulait que l’on partage la galette en autant de parts que de convives, plus une. Cette dernière, appelée « part du Bon Dieu », « part de la Vierge » ou « part du pauvre » était destinée au premier pauvre qui se présenterait au logis.

Avec le clivage dans le royaume de France entre la  langue d'oc et la langue d’oïl, on trouve plutôt la galette à la frangipane (pâte sablée fourrée de crème d’amandes ) au Nord et la couronne des rois au Sud.

Mais chaque région a sa variante locale.  En Franche-Comté, c’est la galette de goumeau, une pâte briochée nappée d’une pâte à choux. Dans le Languedoc,  la fougasse des Rois, en Ariège la coque des rois, en Béarn le garfou parfumé au rhum et à l’anis vert, dans le Perche la fouace, en Bresse une Flamusse à la farine de maïs, dans la Drôme et en Ardèche la pogne, en Normandie le garot, à Marseille le modane et dans le sud-ouest une brioche en couronne garnie de fruits confits. En Provence, la « tourte des rois » est une grande fougasse annulaire, saupoudrée de sucre et décorée de fruits confits.  Le gâteau des rois de Bordeaux, encore fabriqué aujourd’hui, est une couronne briochée garnie de cédrat confit. En Auvergne, c’est le « gâteau à cornes ». Enfin, dans le Périgord on ne mangeait pas de brioche mais une grande quantité de beignets appelés crépeaux ou pâtissous.

On dégustait le gâteau des Rois même à la table de Louis XIV. Mais en  1711, le Parlement décida à cause de la famine, de le proscrire afin de réserver la à la fabrication du pain. Pendant  la Révolution, le  « gâteau des Rois » fut remplacé par « galette de l’égalité »Pendant la Commune le jour des Rois devient « jour des sans-culottes ».

Les artisans boulangers-pâtissiers offrent tous les ans, depuis 1975,  la galette de l'Élysée. Cette galette ne contient pas de fève de façon à ce que le président de la République ne puisse pas être couronné.


À la fin du XVIIIème  siècle, des fèves en porcelaine apparurent, représentant l’enfant Jésus . Sous la Révolution, on remplaça l’enfant Jésus par un bonnet phrygien. Les graines de fève furent systématiquement remplacées en 1870 par des figurines en porcelaine ou – plus récemment – en plastique. . Dans le circuit commercial, dans la seconde moitié du xxe siècle, les boulangers fournissent avec la galette une couronne en papier doré à usage unique.


 

 En Corse, comment se fête l’épiphanie ou plutôt la Pasqua pifania, pasquetta, pasqua di natale » ?

Ces expressions corses  sont un clin d’œil au français classique. N’oublions pas qu’en 1690, Furetière dans son dictionnaire,  désigne par « pâques » toutes les fêtes solennelles et signale la « pâque  de l’épiphanie ».  

 

En Corse, l’épiphanie donne lieu à quelques célébrations d’inspiration religieuse et populaire. En voici quelques unes.

A Bocognano, l’enfant Jésus était présenté sur l’autel et de midi aux vêpres, une procession faisait le tour de l’église avec l’enfant jésus porté sur un coussin. Puis on le rangeait jusqu’au Noël suivant. Cette messe était tellement importante que la manquer c’était risquer les flammes de l’enfer.

A Bastia, la fête de l’épiphanie exigeait le traditionnel plat de lasagnes. Le proverbe dit " A ch'ùn manghja lasagne u ghjornu di Pasqua Pifania si lagna tuttu l'annu. "
Ces pates à la farine blanche était un symbole de prospérité. Les fèves représentaient les rois mages. On mangeait un gâteau au brucciu , un curcone appelé strenna dans laquelle on mit  à partir de 1930, une pièce.  


 

A Bastelica, on fabrique un pain au miel dans lequel on met une piécette ou une fève.

 A Vico, on prépare aussi la strenna pour l’épiphanie, noël et le jour de l’an. Rappelons,  au passage, que le mot étrenne pourrait provenir du nom de la déesse romaine de la santé Strena, qui était célébrée le premier janvier.  Simple don de plantes porte-bonheur à l'origine, elles se sont rapidement développées sous l'Empire romain : elles étaient constituées de don de nourriture, puis de vêtements, argent, objets précieux, meubles. Du coup, elles ont été condamnées par les pères de l’église.

A Soriu di Tenda, la veille de l’épiphanie, on ramasse un rameau d’olivier qu’on effeuille. Chaque feuille est lancée dans le feu. On fait un vœu et si la feuille se retourne, le vœu est exaucé. Si la feuille brûle tout de suite, le vœu ne sera pas exaucé. D’où la formule :  Pasqualella Pifania dì lu veru è no bugie. "

A Zalana, existe encore une tradition proche des saturnales romaines : « a birba ». Avec ce que les enfants récupèrent dans chaque maison, on prépare du vin chaud, des beignets, des gâteaux, des friandises. Dans le sud de l’île,  persistent des coutumes carnavalesques avec l’élection du Roi.

Les dictons et les traditions populaires corses nous invitent à prendre conscience que l’'Epiphanie s'inscrit dans le cycle carnavalesque qui précède Pâques mais qu’elle est aussi  moment privilégié dans le calendrier liturgique, car si l'on en croit le dicton " Pasqua pifania tutte le feste manda via, poi vene San Benedettu chi n'arrescu un bel sacchettu ! ".

 

Bona Pasqua pifania a tutti et à la semaine prochaine.

 

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dimanche 1 janvier 2012

Pace e salute a tutti pa u 2012


 

Chers amis de la Corse, chers compatriotes, en ce début d’année laissez-moi vous présenter, en mon nom et aussi en celui des Amitiés corses de Lyon, tous mes vœux de bonheur et de santé.  Pace e salute a tutti  pa u 2012.

Pace è Salute 

En corse, la véritable formule de vœux est

« Bon dì è bon’annu è bon capu d’annu, pace è salute pè tuttu l’annu "

 

En fait, on sait peu de choses sur la tradition du jour de l’an  hormis la formule courte « pace è salute » devenue célèbre.

 

Un témoin nous explique qu’autrefois,  lorsque deux personnes se rencontraient l’une disait « bonne journée et bonne année », l’autre disait en même temps « bon début d’année » et les deux disaient ensemble « paix et santé pour toute l’année ». Et on recommençait chaque fois qu’on rencontrait quelqu’un.

 

Dans le cantu di Rimonduli,  on nous dit que les enfants chantaient devant chaque maison :

 

« Bon dì, bon annu, bon capu d'annu, bonu quist'annu, megliu un antru annu »

 

On raconte que le 31 décembre a toujours été un jour sacré en Corse où l’on remerciait le seigneur pour l’année écoulée. On chantait le « miserere » et le « te deum » avant un passage devant le Saint sacrement.

C’était aussi la journée des enfants qui faisaient le tour des maisons pour obtenir des piécettes afin de s’acheter des friandises. Le rituel se poursuivait le lendemain, les enfants se promenaient avec un rameau d’olivier et souhaitaient la bonne année à tous. A midi, dans certaines régions, il y avait un repas de fête avec du cabri, du ragoût de porc, le gâteau au brocciu, le curcone. On offrait aux voisins du vin, des cerises ou du raisin à l’eau de vie.

 

Ces traditions se sont plus ou moins perdues, comme partout dans le monde.

 

Mais interrogeons nous sur les origines de  ce rituel universel du jour de l’an.

Bien sûr, la date du1er janvier comme date du début du calendrier n’est pas appliquée partout.

Ainsi, à Rome, en 46 avant notre ère, Jules César décida que le 1er janvier serait le Jour de l’An. Les Romains dédiaient ce jour à Janus, le dieu des portes et des commencements. Le mois de janvier doit son nom à Janus ; celui-ci avait deux faces, l’une tournée vers l’avenir, l’autre vers le passé.

Grâce à Ovide, on sait qu’un culte était rendu à Janus,  avec des sacrifices d'animaux et des offrandes de fruits et de miel. On ouvrait les portes des temples. Ce jour était considéré comme le premier de l'année et l'on échangeait des vœux de prospérité.

En France,  c’est le roi Charles IX qui, dans l'Édit de Roussillon du 9 août 1564, fixa le début de l’année au 1er janvier. Aux vie et viie siècles, dans de nombreuses provinces, le Jour de l’an était célébré le 1er mars (style vénitien). Sous Charlemagne, l’année commençait à Noël (style de la Nativité de Jésus). Du temps des rois capétiens, l’année débutait le jour de Pâques (style de Pâques). En conséquence, les années étaient de longueur très variable. Cet usage fut quasi général aux xiie et xiiie siècles et même jusqu’au xve dans certaines provinces. Les généalogistes des rois de France devaient donc jongler avec les dates en fonction des lieux pour raconter l’Histoire car auparavant le début de l’année variait selon les provinces : à Lyon, c’était le 25 décembre, à Vienne, le 25 mars (style florentin ou style de l'Annonciation, d'où la tradition du poisson d'avril commémorant l'usage de s'échanger des cadeaux en début d'année de ce style)… L’édit de Charles IX mit tout le monde d’accord.

 

Pour les peuples usant du calendrier solaire, le Jour de l’an a beaucoup changé au fil des siècles, au gré des Églises, des époques et des pays. Dans l’ensemble, le calendrier débutait entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps avec le retour de la végétation.

En 1622, avec le calendrier grégorien, l’année démarre le 1er janvier.

 

Et elle s’achève le 31 décembre avec la Saint Sylvestre.

Mais au fait, qui était Sylvestre ?

Sylvestre était un Romain, fils du prêtre Rufin. Sa mère, Justa, confia son éducation au prêtre Cyrinus. Courageux, Sylvestre hébergea un chrétien d’Antioche, Timothée, qui après avoir fait beaucoup de conversions fut décapité sur l’ordre du préfet de la ville, Tarquinius. Sylvestre emporta le corps du martyr et, avec le pape Miltiade, l’ensevelit non loin du tombeau de saint Paul. Le préfet Tarquinius fit alors arrêter Sylvestre; il le somma de livrer les biens de Timothée et de renier sa foi. Sylvestre refusa et fut emprisonné. Il fut libéré après que Tarquinius se fut étranglé avec une arête de poisson. Le pape Miltiade l’ordonna prêtre.

Elu à la succession de Miltiade, Sylvestre, 33e pape, occupa le saint siège pendant près de 22 ans (314-335) sous le règne de Constantin le Grand (306-337). C’est sous son règne que le christianisme fut reconnu comme religion de l’Empire romain avec la conversion de l’empereur Constantin le Grand. Celui-ci fit édifier la basilique Saint-Jean de Latran, la basilique de Sainte-Croix de Jérusalem, la basilique de Saint-Paul hors les Murs et la basilique de Saint Laurent.

Saint Sylvestre est mort le 31 décembre 335. Il fut enterré dans le cimetière de Sainte-Priscille sur la Via Salaria.

La fête du nouvel an elle-même trouve son origine à Rome. La nuit précédant le premier janvier, les Romains faisaient un long repas qui leur permettait d’attendre l’arrivée de la nouvelle année. Selon la tradition, plus le nombre de plats servis au cours de ce repas était grand, plus l’année serait prospère et abondante. Cette tradition a rayonné au rythme de la colonisation romaine.

Le réveillon de la Saint-Sylvestre est devenu une coutume qui consiste à fêter l'arrivée du nouvel an, en veillant jusqu'à minuit le soir du 31 décembre, dernier jour de l'année du calendrier grégorien. Dans chaque pays, il y a des coutumes spécifiques.

En Occident, ce repas entre amis, comprend généralement du foie gras et du champagne. Après celui-ci, les fêtes mêlent danses et lancers de cotillons, boules et rubans de papiers… À minuit, chacun s'embrasse, parfois sous le gui, en se souhaitant les meilleurs vœux possibles et en s'engageant dans d'éventuelles bonnes intentions. Puis, on offre les étrennes, cadeaux de nouvelle année.

 

En  Italie, par exemple, À Rome et à Naples, on accueille la nouvelle année par une coutume particulière, le soir du 31 décembre. Cette tradition consiste à jeter par la fenêtre de vieux objets, symboles de l'année terminée. Ainsi meubles, vaisselle, vêtements, etc., prennent le chemin de la rue au grand dam des éboueurs, qui doivent passer la nuit à nettoyer les rues. Cette tradition tend cependant à disparaître, car elle n'est pas sans risque pour les passants.

Le jour du Nouvel An, appelé Capodanno, les Italiens ont coutume de manger des plats spéciaux, qui sont réputés apporter richesse et abondance. Ce sont des plats à base de graines, par exemple des brioches, ou des plats de lentilles ou encore des gâteaux enrobés de miel.

En Amérique latine, en Équateur et au Pérou, peu avant le Nouvel An, on fabrique des mannequins de chiffons ou de papier mâché qui représentent l'année qui vient de passer. On expose ces mannequins (muñecos) devant chez soi jusqu'au 31 au soir à minuit pour ensuite les brûler dans les rues. On fait aussi exploser toute sorte de chose comme des pétards, feux d'artifice, etc.

Il existe aussi une superstition qui dit que si on porte une couleur en particulier sur soi lors des 12 coups de minuit, cela pourra amener de la chance dans certains domaines pour la nouvelle année.

La tradition espagnole de manger 12 grains de raisin en faisant un vœu pendant les douze coups de minuit est également observée.

À la maison on décore la table avec des corbeilles de fruits, de maïs, de blé, de riz, de cannelle, de fleurs jaunes.

Au Japon, le  réveillon du Nouvel An se passe en général en famille, autour d'un copieux repas arrosé de saké. On y boit une soupe spéciale. Avant minuit, la famille part pour le temple le plus proche pour partager du saké et assister à la frappe des 108 coups de gong annonçant le passage à la nouvelle année.   Peu après, chacun rejoint ses pénates et l'on se couche peu après. Le lendemain, le jour du Nouvel An, les japonais se rendent dans les temples shinto.

Chez les Berbères, Yennayer est le premier jour de l'an du calendrier agraire utilisé depuis l'antiquité par les Berbères à travers l'Afrique du nord. Il correspond au premier jour de janvier du Calendrier julien.

Le repas, préparé pour la circonstance, est assez copieux et différent du quotidien. Les rites sont effectués d’une façon symbolique. Ils sont destinés à écarter la famine, augurer l’avenir, consacrer le changement et accueillir chaleureusement les forces invisibles auxquelles croyait le berbère. Il est aussi un repas de communion. Il se prend en famille.. À travers les génies gardiens, les forces invisibles participent au festin par des petites quantités déposées aux endroits précis, le seuil de la porte, le moulin de pierre aux grains, le pied du tronc du vieux olivier, etc.

Le mois de yennayer nécessite des préparatifs préalables. Dans les Aures et en Kabylie, la veille, la maison est méticuleusement nettoyée et embaumée à l’aide de diverses herbes et branches d’arbres (pin, etc.). Tous les gestes accomplis pendant la fête se font avec générosité et abondance. Les participants à la célébration, estiment recevoir, par leurs actions, la bénédiction des forces invisibles circonscrivant chez le berbère son univers de croyance.

Cette année le nouvel an berbère se fêtera le 12 janvier, et le 23 janvier, dans le quartier de la Guillotière, vous pourrez assister aux festivités du nouvel an chinois.

Le calendrier chinois étant un calendrier luni-solaire, la date du Nouvel An chinois dans le calendrier grégorien varie d'une année sur l'autre, mais tombe toujours entre le 21 janvier et le 20 février.

 La pratique générale veut qu'on s'efforce de repartir sur un nouveau pied après s'être débarrassé des mauvaises influences de l’an passé, accompagné de signes de bon augure.

Le « passage de l’année »s’effectue dans la nuit du dernier jour du douzième mois. Le mot signifiant année est considéré comme étant à l’origine le nom d'un monstre, Nian, qui venait autrefois rôder autour des villages une nuit par an, obligeant les habitants à se calfeutrer et à veiller jusqu’à son départ au petit matin. Les célébrations principales comportent un réveillon suivi d’une nuit de veille  gage de longévité, la distribution d’étrennes contenues dans des enveloppes rouges, l’allumage de pétards pour chasser les mauvaises influences.

Le 13 janvier, on fêtera aussi le  Nouvel An orthodoxe, appelé Ancien Nouvel An en Russie et en Ukraine. C’est une fête traditionnelle de l'Église orthodoxe slave, qui célèbre le début de la nouvelle année suivant le calendrier julien.  

 

Les occasions ne manqueront pas de fêter la nouvelle année.

Peut être  mettrez vous davantage de sens dans la pratique de ce rituel devenu un peu trop profane et commercial.  Peut être, aurez vous envie de revisiter l’importance du réveillon,  la clôture de l’année écoulée avec les purifications et les remerciements, les rituels de protection, les agapes en signe de prospérité, l’accueil de l’année nouvelle dans la joie et des vœux de prospérité, de bonheur, de santé et de paix en soi et autour de soi.

 

Si partout,  on présente ses vœux avec une formule  plus ou moins longue, mettant l’accent sur le bonheur, la prospérité et la santé,  l’allusion à la paix dans la formule corse en dit long sur le climat troublé qui a toujours agité la Corse et le monde entier.

 

Colombe

 

Et enfin, si 2012 vous fait peur, rappelez vous qu’elle sera aussi la Première année internationale des coopératives proclamée par l'ONU, l’Année internationale de l’énergie durable pour tous  et l’année  Rousseau à l'occasion du tricentenaire de sa naissance.

Alors,

« Bon dì è bon’annu è bon capu d’annu, pace è salute pè tuttu l’annu 2012 »

mercredi 2 novembre 2011

La Tribbiera


 

La tribbiera est une technique ancestrale qui permet après la moisson de séparer le blé de son épi.

 

Tribbiu, crédit photo Évelyne Guidice

Sur l'aghja, l'aire de battage, deux bœufs, liés entre eux trainent une lourde pierre « U tribbiu » qui écrase les céréales.


tribbiu, crédit photo Évelyne Guidice

Les graines sont alors séparées de la paille qui s'envole avec l'aide des paysans, qui avec « e palmule », des fourches en bois, favorisent la séparation. La paille est alors mise en tas et la poussière, « A bula », est enlevée avec des grosses pelles.


A palmula, crédit photo Évelyne Guidice 


Depuis 4 ans la commune de Vallecale fait revivre cette tradition et ce savoir faire ancestral, lors de « La fiera di Vallecale » et le maire Loulou Bellini élève avec des amis deux bœufs spécialement entrainés pour cette Tribbiera : Fasgianu et Mansone.


Les boeufs, crédit photo Évelyne Guidice 

Lors de cette 4è tribbiera, c'est le groupe I Machjaghjoli en costumes traditionnels qui a animé cette journée et a contribué ainsi à mettre en valeur cette richesse du patrimoine insulaire.



lundi 15 août 2011

Que vous soyez...


... catholique ou pas, ...


.... en Corse ou pas, ...


Procession du 15 août


... les Amitiés corses de Lyon vous souhaite un bon 15 août !!!