A Limea ou le Cédrat de Corse
Par Jean-Claude RIBAUT le mardi 25 octobre 2011, 17:46 - Lien permanent
Rédacteur invité :
Jean-Claude RIBAUT
Producteur de cédrats en Corse,
Président de l'AREFLEC et de CORSIC'AGROPOLE
-------------------------------------------------------------------------------------Fruit mythique pour chaque corse, le cédrat est un agrume apparu en Chine, et vraisemblablement le premier qui se diffuse en Asie, puis vers la Mésopotamie.

Au passage il prend le nom de « Pomme de Medée » en référence à la Mède en Perse. De là, il se diffuse dans tout le Bassin méditerranéen.
Employé dans les parfums, la médecine mais aussi dans la cuisine, les Romains en faisaient des « confitures sèches ».
Il arrive en Corse au premier siècle avant notre ère. A la fois pour toutes ces vertus, mais aussi pour une tradition religieuse juive, dans la fête des tabernacles, qui associe des branches de myrte, de saule et de palme à un cédrat.
Il se propage aussi tout au long du Maghreb pour arriver dans des sites extraordinaires de l’anti atlas marocain (variété « Etrog »), alors qu’en Italie il prend surtout souche en Calabre avec la variété « Diamante ».
Sur le plan variétal, le « cédrat de corse » dont le nom botanique est « Citrus medica L. Corsica » a, fait l’objet de toutes les curiosités ; En effet, il est le seul dans le monde dont la pulpe est douce et la fleur blanche, alors que tous les autres ont la pulpe acide et la fleur légèrement violacée.

Sur le plan économique en Corse, il perd peu à peu son aspect cultuel et prend au 19ème siècle un essor considérable dans la fabrication de fruits confits, opération généralement effectuée dans les pays destinataires de toute l’Europe (Livourne, le Sud de la France, la Hollande et l’Angleterre). Les fruits étaient généralement conservés et transportés dans une solution de saumure (eau de mer).
A l’apogée de ce commerce, à la fin du 19ème siècle, les statistiques des douanes font état de 6000 à 8000 tonnes exportées par an, ce qui est vraisemblablement largement en deçà de la vérité, compte tenu des surfaces cultivées sur les piedmonts de l’Ile.
A la fin du 19ème siècle la concurrence s’installe timidement en Crète, puis très vivement à Porto Rico sous l’impulsion du département de l’agriculture des États-Unis, après une période intense d’espionnage économique, tant de la part des américains que des anglais.

Le premier conflit mondial, des hivers rigoureux mais aussi les taxes sur les exportations de produits corses auront raison de ce fleuron de l’économie insulaire qui avait donné tant d’énergie et d’espoir aux paysans corses.
Toutes les tentatives pour redynamiser la culture du cédrat ont été vaines. Le renouveau de l’agrumiculture corse, mis en œuvre par le plan SOMIVAC, bien que soutenu par la recherche dans le cadre de la SRA de San Giuliano, remplacée depuis par l’INRA CIRAD, n’avait pas envisagé la promotion de cette culture.
Aujourd’hui quelques agriculteurs corses perpétuent cette culture sur moins d’une dizaine d’hectares, le plus souvent au nom de la Tradition et de la Culture. Il est vrai que c’est peu, mais nous n’oublierons pas d’ajouter pour terminer, que le cédrat a presque disparu de Crète (disparition curieusement liée à la chute du mur de Berlin), représente moins de 40 hectares en Calabre, est à l’agonie à Porto Rico, alors souhaitons lui un avenir meilleur en Corse.
Commentaires
Le cédrat corse est victime, principalement, de la taxe à l'exportation accordée (loi du 7 avril 1897) aux industriels français et la Corse était, au sens législatif du terme, terre étrangère jusqu'au 8 juillet 1912 (loi sur la douane en Corse qui accorde à cette dernière la franchise de droits sur ses exportations, mais qui arrive trop tard. Il y a une timide reprise vers 1920, mais la crise économique de la fin des années 20 touche l'île de plein fouet: tout s'effondre). Cette prime faisait que les ventes de sucre français aux confiserie de Gênes et Livourne étaient moins coûteuses que celles négociés par les insulaires. Il faut ajouter qu'il y a une demande d'AOC concernant " le pomelo corse".
La commission européenne a accepté le 9 septembre 1973, le plan de modernisation et de développement de l'agrumiculture en Corse: reste à trouver ce plan, qui n'est pas dans le JO......
Un mot de la clémentine de Corse: ce qui va devenir la clémentine de Corse a été redécouverte à la fin du 19° siècle, dans un verger près d'Oran, en Algérie, verger tenu par des religieux. Redécouverte, car l'arbre porteur avait déjà des fruits. Est-ce une mutation spontanée? Ou une greffe réussie et tombée dans l'oubli ? Ce n'est pas impossible.....
Le père Marie-Clément, Vital RODIER pour l'état-civil, originaire du Puy-de-Dôme, s'aperçoit que des enfants mangent des agrumes mûrs, alors que les autres ne le seront que dans un mois.
Il réussit des greffes sur d'autres arbres.
L'arrivée de la clémentine en Corse se fait en 1925, par Paul SEMIDEI, qui plante des arbres à Figaretto. La clémentine est issue de l'orange douce.
A l'heure actuelle, le verger corse de la clémentine avoisine les 500 000 arbres sur 1200 hectares avec 130 producteurs, et assure 98% de la production française.
Le produit obtient "l'indication géographique protégée" en 2007.
(source: INRA)
Quelques précisions a RIPITICCI
La Clémentine, aujourd'hui commune sur nos marchés, est un croisement naturel entre une fleur de mandarinier et du pollen d'oranger. De ce mariage est née une graine qui a été semée parmi d'autres graines de mandariniers, à Misserghin, près d'Oran en Algérie par le Frère Clément, (Vincent RODIER, de son vrai nom, né en 1829 et mort en 1904), pour obtenir des mandariniers.
Quelques années plus tard, le Frère Clément observe des enfants chapardeurs mangeant des fruits venant à maturité 1 mois avant la mandarine ! Il isole cet arbre aberrant ne ressemblant pas à un mandarinier !
A sa première récolte, il découvre des fruits bien plus colorés que la mandarine, à saveur douce et musquée. Un nouveau fruit est né, il est baptisé ' Clémentine ' par la Société d'Horticulture d'Alger en l'honneur de son sélectionneur. La Clémentine est officiellement décrite pour la première fois en 1902 dans la Revue Horticole par le docteur TRABUT, chercheur à Maison Carrée.
Centre Inra de Corse