Chers amis de la Corse, chers compatriotes, de l’origine et des traditions autour de l’épiphanie, a Pasqua pifania, en France, en Corse et dans le monde.

L’Epiphanie commémore la présentation de l’enfant Jésus aux Rois mages. Célébrée par toutes les églises chrétiennes le 6 janvier, la fête a été reportée au deuxième dimanche suivant Noël dans les pays où ce jour n’est pas férié, comme en France.

 

Comme souvent, derrière une manifestation religieuse, on retrouve  des rites païens. Partout on a célébré le retour du soleil au début du solstice d’hiver avec les fêtes dionysiaques grecques ou  les Saturnales romaines.Car Noël, avant d'être un jour précis, est  un cycle, qui atteint son apogée au jour du solstice d'hiver le 25 décembre et  prend fin le 6 janvier, 12 jours après.

Jusqu’en 325, le 6 janvier fut considéré par la chrétienté comme la véritable date de naissance du Christ.

Puis,  au concile de Nicée, le pape Liberus instaura le 25 décembre, pour fêter la nativité, Noël. Et dans une perspective de conversion au christianisme, en 340, le Pape  Jules récupéra cette date du 6 janvier pour célébrer la légende des Rois mages.

En grec, « Épiphanie »,signifie « manifestation » ou « apparition »L'Épiphanie chrétienne est une célébration de la manifestation publique du Fils de Dieu incarné , une « Théophanie »

On désigne aussi  l’épiphanie par « jour des Rois » en référence aux Rois mages. Traditionnellement, les Rois mages, sont les visiteurs qui, ayant appris la naissance de Jésus, vinrent de pays étrangers lui rendre hommage en lui apportant trois présents symboliques , l’ or, la myrrhe et l’encens. D’où les trois rois Mages nommés Melchior, Balthazar et Gaspard.




Si pour les Arméniens ou les Coptes, Noël se fête le 6 janvier, dans l’ensemble, la célébration de l'Épiphanie  donne lieu à des traditions populaires variées d’inspiration carnavalesque.

En Allemagne et en Alsace, à l’Épiphanie, les enfants de la paroisse, menés par trois enfants déguisés en Rois Mages aillent en cortège sillonnent les rues du village. De maison en maison, ils donnent un petit spectacle rappelant l'adoration des Mages et  proposant leur protection aux habitants en échange de nourriture, de friandises ou de quelques pièces.

Au Portugal, on trouve le Bolo Rei. En Espagne, le Día de los Reyes Magos est un jour férié pendant lequel les enfants reçoivent leurs cadeaux plutôt qu'à Noël. On déguste  le Roscon de Reyes, parfumé d’eau de fleur d’oranger et décoré de fruits confits et d’amandes effilées dans lequel est glissé une pièce d’argent ou une figurine en porcelaine.  Au Mexique, comme les Rois Mages guidés par l’étoile du berger, chaque famille apporte des friandises sur la place du village pour remplir les Pinatas, d’énormes animaux en poterie ou papier mâché colorés qu’on suspend le jour de l’Épiphanie. Les enfants doivent briser les Pinatas afin qu’elles déversent tout leur contenu de friandises comme pourrait le faire une corne d’abondance.

 

En Belgique et aux Pays-Bas, on déguste une galette à la pâte d’amande. En Flandre,  les enfants parcourent les rues en chantant la chanson de l’étoile et font du porte à porte pour recevoir des mandarines et des bonbons. En Wallonie, c’est à ce moment qu’on commence la préparation du Carnaval.

Dans le sud des États-Unis, on tire les Rois le 6 janvier. On mange des king cakes durant toute la période qui va de l'Épiphanie jusqu'au carnaval de mardi gras.

En Grèce et à Chypre, on découpe la Vassilopita, une galette en l'honneur de saint Basile de Césarée sur laquelle on dépose une pièce d’or.

En Bulgarie, les hommes exécutent une danse traditionnelle, le horo, dans l'eau glacée.

 Comment expliquer l’inspiration carnavalesque de toutes ces coutumes populaires (rois, galette, fève, cortège..)  ?N’oublions pas que si l'Épiphanie (le 6 janvier), clôture le cycle de Noël , elle  inaugure également, le cycle du Carnaval qui prend fin le mardi gras, veille du début de la période de carême.

Le Carnaval relève d’ une tradition archaïque liée aux cycles saisonniers et agricoles, que l’on retrouve dans les Saturnales et les fêtes dionysiaques.  L'extinction des feux, le retour des âmes des morts, la confusion sociale, l’inversion des rôles, la licence érotique, les orgies,  symbolisent la régression du cosmos dans le chaos

La tradition de la galette des rois  s’inspire d’un rituel romain où on désignait un esclave comme « roi d’un jour ». Au cours du banquet , on utilisait la fève d’un gâteau comme « bulletin de vote » pour élire le Maître des Saturnales ou Roi du désordre. Il avait le pouvoir d’exaucer tous ses désirs pendant la journée avant d’être mis à mort, ou plus probablement de retourner à sa vie servile.  La  fête des Fous au Moyen âge et des « rois et reines » des carnavals actuels relèvent de cette lignée.

Jadis, l’usage voulait que l’on partage la galette en autant de parts que de convives, plus une. Cette dernière, appelée « part du Bon Dieu », « part de la Vierge » ou « part du pauvre » était destinée au premier pauvre qui se présenterait au logis.

Avec le clivage dans le royaume de France entre la  langue d'oc et la langue d’oïl, on trouve plutôt la galette à la frangipane (pâte sablée fourrée de crème d’amandes ) au Nord et la couronne des rois au Sud.

Mais chaque région a sa variante locale.  En Franche-Comté, c’est la galette de goumeau, une pâte briochée nappée d’une pâte à choux. Dans le Languedoc,  la fougasse des Rois, en Ariège la coque des rois, en Béarn le garfou parfumé au rhum et à l’anis vert, dans le Perche la fouace, en Bresse une Flamusse à la farine de maïs, dans la Drôme et en Ardèche la pogne, en Normandie le garot, à Marseille le modane et dans le sud-ouest une brioche en couronne garnie de fruits confits. En Provence, la « tourte des rois » est une grande fougasse annulaire, saupoudrée de sucre et décorée de fruits confits.  Le gâteau des rois de Bordeaux, encore fabriqué aujourd’hui, est une couronne briochée garnie de cédrat confit. En Auvergne, c’est le « gâteau à cornes ». Enfin, dans le Périgord on ne mangeait pas de brioche mais une grande quantité de beignets appelés crépeaux ou pâtissous.

On dégustait le gâteau des Rois même à la table de Louis XIV. Mais en  1711, le Parlement décida à cause de la famine, de le proscrire afin de réserver la à la fabrication du pain. Pendant  la Révolution, le  « gâteau des Rois » fut remplacé par « galette de l’égalité »Pendant la Commune le jour des Rois devient « jour des sans-culottes ».

Les artisans boulangers-pâtissiers offrent tous les ans, depuis 1975,  la galette de l'Élysée. Cette galette ne contient pas de fève de façon à ce que le président de la République ne puisse pas être couronné.


À la fin du XVIIIème  siècle, des fèves en porcelaine apparurent, représentant l’enfant Jésus . Sous la Révolution, on remplaça l’enfant Jésus par un bonnet phrygien. Les graines de fève furent systématiquement remplacées en 1870 par des figurines en porcelaine ou – plus récemment – en plastique. . Dans le circuit commercial, dans la seconde moitié du xxe siècle, les boulangers fournissent avec la galette une couronne en papier doré à usage unique.


 

 En Corse, comment se fête l’épiphanie ou plutôt la Pasqua pifania, pasquetta, pasqua di natale » ?

Ces expressions corses  sont un clin d’œil au français classique. N’oublions pas qu’en 1690, Furetière dans son dictionnaire,  désigne par « pâques » toutes les fêtes solennelles et signale la « pâque  de l’épiphanie ».  

 

En Corse, l’épiphanie donne lieu à quelques célébrations d’inspiration religieuse et populaire. En voici quelques unes.

A Bocognano, l’enfant Jésus était présenté sur l’autel et de midi aux vêpres, une procession faisait le tour de l’église avec l’enfant jésus porté sur un coussin. Puis on le rangeait jusqu’au Noël suivant. Cette messe était tellement importante que la manquer c’était risquer les flammes de l’enfer.

A Bastia, la fête de l’épiphanie exigeait le traditionnel plat de lasagnes. Le proverbe dit " A ch'ùn manghja lasagne u ghjornu di Pasqua Pifania si lagna tuttu l'annu. "
Ces pates à la farine blanche était un symbole de prospérité. Les fèves représentaient les rois mages. On mangeait un gâteau au brucciu , un curcone appelé strenna dans laquelle on mit  à partir de 1930, une pièce.  


 

A Bastelica, on fabrique un pain au miel dans lequel on met une piécette ou une fève.

 A Vico, on prépare aussi la strenna pour l’épiphanie, noël et le jour de l’an. Rappelons,  au passage, que le mot étrenne pourrait provenir du nom de la déesse romaine de la santé Strena, qui était célébrée le premier janvier.  Simple don de plantes porte-bonheur à l'origine, elles se sont rapidement développées sous l'Empire romain : elles étaient constituées de don de nourriture, puis de vêtements, argent, objets précieux, meubles. Du coup, elles ont été condamnées par les pères de l’église.

A Soriu di Tenda, la veille de l’épiphanie, on ramasse un rameau d’olivier qu’on effeuille. Chaque feuille est lancée dans le feu. On fait un vœu et si la feuille se retourne, le vœu est exaucé. Si la feuille brûle tout de suite, le vœu ne sera pas exaucé. D’où la formule :  Pasqualella Pifania dì lu veru è no bugie. "

A Zalana, existe encore une tradition proche des saturnales romaines : « a birba ». Avec ce que les enfants récupèrent dans chaque maison, on prépare du vin chaud, des beignets, des gâteaux, des friandises. Dans le sud de l’île,  persistent des coutumes carnavalesques avec l’élection du Roi.

Les dictons et les traditions populaires corses nous invitent à prendre conscience que l’'Epiphanie s'inscrit dans le cycle carnavalesque qui précède Pâques mais qu’elle est aussi  moment privilégié dans le calendrier liturgique, car si l'on en croit le dicton " Pasqua pifania tutte le feste manda via, poi vene San Benedettu chi n'arrescu un bel sacchettu ! ".

 

Bona Pasqua pifania a tutti et à la semaine prochaine.

 

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