Chers amis de la Corse, chers
compatriotes, en ce début d’année laissez-moi vous présenter, en mon nom et
aussi en celui des Amitiés corses de Lyon, tous mes vœux de bonheur et de
santé. Pace e salute a tutti pa u 2012.
En corse, la véritable formule de
vœux est
« Bon dì è bon’annu è bon capu d’annu, pace è salute pè tuttu l’annu "
En fait, on sait peu de choses sur la tradition du jour de l’an hormis la formule courte « pace è salute »
devenue célèbre.
Un témoin nous explique qu’autrefois, lorsque deux personnes se rencontraient l’une
disait « bonne journée et bonne année », l’autre disait en même temps
« bon début d’année » et les deux disaient ensemble « paix et
santé pour toute l’année ». Et on recommençait chaque fois qu’on
rencontrait quelqu’un.
Dans le cantu di Rimonduli, on nous dit que les enfants chantaient devant
chaque maison :
« Bon dì, bon annu, bon capu d'annu, bonu
quist'annu, megliu un antru annu »
On raconte que le 31 décembre a toujours
été un jour sacré en Corse où l’on remerciait le seigneur pour l’année écoulée.
On chantait le « miserere » et le « te deum » avant un
passage devant le Saint sacrement.
C’était aussi la journée des enfants qui
faisaient le tour des maisons pour obtenir des piécettes afin de s’acheter des
friandises. Le rituel se poursuivait le lendemain, les enfants se promenaient
avec un rameau d’olivier et souhaitaient la bonne année à tous. A midi, dans
certaines régions, il y avait un repas de fête avec du cabri, du ragoût de
porc, le gâteau au brocciu, le curcone. On offrait aux voisins du vin, des
cerises ou du raisin à l’eau de vie.
Ces traditions se sont plus ou moins
perdues, comme partout dans le monde.
Mais interrogeons nous sur les origines
de ce rituel universel du jour de l’an.
Bien sûr, la date du1er janvier comme date
du début du calendrier n’est pas appliquée partout.
Ainsi, à Rome, en 46 avant
notre ère, Jules César décida que le
1er janvier serait le Jour de l’An. Les Romains dédiaient ce jour à Janus, le dieu des portes et des commencements. Le
mois de janvier doit son nom
à Janus ; celui-ci avait deux faces, l’une
tournée vers l’avenir, l’autre vers le passé.
Grâce à Ovide, on sait qu’un culte était
rendu à Janus, avec des sacrifices d'animaux et des offrandes de fruits et de miel. On ouvrait les portes
des temples. Ce jour était considéré comme le premier de l'année et l'on
échangeait des vœux de prospérité.
En France, c’est le roi Charles IX qui, dans l'Édit de
Roussillon du 9 août 1564, fixa le début de l’année au 1er janvier. Aux vie et viie siècles,
dans de nombreuses provinces, le Jour de l’an était célébré le 1er mars (style
vénitien). Sous Charlemagne, l’année commençait à Noël (style de la
Nativité de Jésus). Du temps des rois capétiens, l’année débutait le jour
de Pâques (style de Pâques). En conséquence, les années étaient de
longueur très variable. Cet usage fut quasi général aux xiie et xiiie siècles
et même jusqu’au xve dans certaines provinces. Les généalogistes des rois de
France devaient donc jongler avec les dates en fonction des lieux pour raconter
l’Histoire car auparavant le début de l’année variait selon les
provinces : à Lyon, c’était le 25 décembre, à Vienne, le 25 mars (style
florentin ou style de l'Annonciation, d'où la tradition du poisson
d'avril commémorant l'usage de s'échanger des cadeaux en début d'année de ce
style)… L’édit de Charles IX mit tout le monde d’accord.
Pour les peuples usant du calendrier
solaire, le Jour de l’an a beaucoup changé au fil des siècles, au gré des
Églises, des époques et des pays. Dans l’ensemble, le calendrier débutait entre le
solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps avec le retour de la végétation.
En 1622, avec le calendrier grégorien,
l’année démarre le 1er janvier.
Et elle s’achève le 31 décembre avec la
Saint Sylvestre.
Mais au fait, qui était Sylvestre ?
Sylvestre était un
Romain, fils du prêtre Rufin. Sa mère, Justa, confia son éducation au prêtre
Cyrinus. Courageux, Sylvestre hébergea un chrétien d’Antioche, Timothée, qui
après avoir fait beaucoup de conversions fut décapité sur l’ordre du préfet de
la ville, Tarquinius. Sylvestre emporta le corps du martyr et, avec le pape
Miltiade, l’ensevelit non loin du tombeau de saint Paul. Le préfet Tarquinius
fit alors arrêter Sylvestre; il le somma de livrer les biens de Timothée et de
renier sa foi. Sylvestre refusa et fut emprisonné. Il fut libéré après que
Tarquinius se fut étranglé avec une arête de poisson. Le pape Miltiade
l’ordonna prêtre.
Elu à la succession
de Miltiade, Sylvestre, 33e pape, occupa le saint siège pendant près de 22 ans
(314-335) sous le règne de Constantin le Grand (306-337). C’est sous son règne
que le christianisme fut reconnu comme religion de l’Empire romain avec la
conversion de l’empereur Constantin le Grand. Celui-ci fit édifier la basilique
Saint-Jean de Latran, la basilique de Sainte-Croix de Jérusalem, la basilique
de Saint-Paul hors les Murs et la basilique de Saint Laurent.
Saint Sylvestre est
mort le 31 décembre 335. Il fut enterré dans le cimetière de Sainte-Priscille
sur la Via Salaria.
La fête du nouvel an
elle-même trouve son origine à Rome. La nuit précédant le premier janvier, les
Romains faisaient un long repas qui leur permettait d’attendre l’arrivée de la
nouvelle année. Selon la tradition, plus le nombre de plats servis au cours de
ce repas était grand, plus l’année serait prospère et abondante. Cette
tradition a rayonné au rythme de la colonisation romaine.
Le réveillon de la Saint-Sylvestre
est devenu une coutume qui consiste à fêter l'arrivée du nouvel an, en veillant
jusqu'à minuit le soir du 31 décembre, dernier jour de l'année du calendrier
grégorien. Dans chaque pays, il y a des coutumes spécifiques.
En Occident, ce
repas entre amis, comprend généralement du foie gras et du champagne. Après
celui-ci, les fêtes mêlent danses et lancers de cotillons, boules et rubans de
papiers… À minuit, chacun s'embrasse, parfois sous le gui, en se souhaitant les
meilleurs vœux possibles et en s'engageant dans d'éventuelles bonnes
intentions. Puis, on offre les étrennes, cadeaux de nouvelle année.
En Italie, par exemple, À Rome et à Naples, on
accueille la nouvelle année par une coutume particulière, le soir du 31 décembre.
Cette tradition consiste à jeter par la fenêtre de vieux objets, symboles de
l'année terminée. Ainsi meubles, vaisselle, vêtements, etc., prennent le chemin
de la rue au grand dam des éboueurs, qui doivent passer la nuit à nettoyer les
rues. Cette tradition tend cependant à disparaître, car elle n'est pas sans
risque pour les passants.
Le jour du Nouvel An, appelé Capodanno,
les Italiens ont coutume de manger des plats spéciaux, qui sont réputés
apporter richesse et abondance. Ce sont des plats à base de graines, par exemple des brioches, ou des plats de lentilles ou encore
des gâteaux enrobés de miel.
En Amérique latine, en
Équateur et au Pérou, peu avant le Nouvel An, on fabrique des mannequins de chiffons ou
de papier mâché qui représentent l'année qui vient de passer. On expose ces
mannequins (muñecos) devant chez soi jusqu'au 31 au soir à minuit pour
ensuite les brûler dans les rues. On fait aussi exploser toute sorte de chose
comme des pétards, feux d'artifice, etc.
Il existe aussi une superstition qui dit
que si on porte une couleur en particulier sur soi lors des 12 coups de minuit,
cela pourra amener de la chance dans certains domaines pour la nouvelle année.
La tradition espagnole de manger 12
grains de raisin en faisant un vœu pendant les douze coups de minuit est
également observée.
À la maison on décore la table avec des
corbeilles de fruits, de maïs, de blé, de riz, de cannelle, de fleurs jaunes.
Au Japon, le réveillon du Nouvel An se passe en général en
famille, autour d'un copieux repas arrosé de saké. On y boit une
soupe spéciale. Avant minuit, la famille part pour le temple le plus proche
pour partager du saké et assister à la frappe des 108 coups de gong annonçant
le passage à la nouvelle année. Peu après, chacun rejoint ses pénates et l'on
se couche peu après. Le lendemain, le jour du Nouvel An, les japonais se
rendent dans les temples shinto.
Chez les
Berbères, Yennayer est le premier jour de l'an du
calendrier agraire utilisé depuis l'antiquité par les Berbères à travers l'Afrique du nord. Il correspond au
premier jour de janvier du Calendrier julien.
Le repas, préparé pour la circonstance,
est assez copieux et différent du quotidien. Les rites sont effectués d’une
façon symbolique. Ils sont destinés à écarter la famine, augurer l’avenir,
consacrer le changement et accueillir chaleureusement les forces invisibles
auxquelles croyait le berbère. Il est aussi un repas de communion. Il se prend
en famille.. À travers les génies gardiens, les forces invisibles participent
au festin par des petites quantités déposées aux endroits précis, le seuil de
la porte, le moulin de pierre aux grains, le pied du tronc du vieux olivier,
etc.
Le mois de yennayer nécessite des
préparatifs préalables. Dans les Aures
et en Kabylie, la veille, la maison est méticuleusement nettoyée et embaumée à
l’aide de diverses herbes et branches d’arbres (pin, etc.). Tous les gestes
accomplis pendant la fête se font avec générosité et abondance. Les
participants à la célébration, estiment recevoir, par leurs actions, la
bénédiction des forces invisibles circonscrivant chez le berbère son univers de
croyance.
Cette année le nouvel an berbère se
fêtera le 12 janvier, et le 23 janvier, dans le quartier de la Guillotière,
vous pourrez assister aux festivités du nouvel an chinois.
Le calendrier chinois étant un calendrier
luni-solaire, la date du Nouvel An chinois dans le calendrier grégorien varie
d'une année sur l'autre, mais tombe toujours entre le 21 janvier et le 20
février.
La pratique générale veut qu'on s'efforce de
repartir sur un nouveau pied après s'être débarrassé des mauvaises influences
de l’an passé, accompagné de signes de bon augure.
Le « passage de l’année »s’effectue
dans la nuit du dernier jour du douzième mois. Le mot signifiant année est
considéré comme étant à l’origine le nom d'un monstre, Nian, qui venait autrefois
rôder autour des villages une nuit par an, obligeant les habitants à se
calfeutrer et à veiller jusqu’à son départ au petit matin. Les célébrations
principales comportent un réveillon suivi d’une nuit de veille gage de longévité, la distribution d’étrennes contenues
dans des enveloppes rouges, l’allumage de pétards pour chasser les mauvaises
influences.
Le 13 janvier, on fêtera aussi le Nouvel
An orthodoxe, appelé Ancien
Nouvel An en Russie et en Ukraine. C’est une fête traditionnelle de
l'Église orthodoxe slave, qui célèbre le début de la nouvelle année suivant le calendrier
julien.
Les occasions ne manqueront pas de fêter
la nouvelle année.
Peut être mettrez vous davantage de sens dans la
pratique de ce rituel devenu un peu trop profane et commercial. Peut être, aurez vous envie de revisiter l’importance
du réveillon, la clôture de l’année
écoulée avec les purifications et les remerciements, les rituels de protection,
les agapes en signe de prospérité, l’accueil de l’année nouvelle dans la joie
et des vœux de prospérité, de bonheur, de santé et de paix en soi et autour de
soi.
Si partout, on présente ses vœux avec une formule plus ou moins longue, mettant l’accent sur le
bonheur, la prospérité et la santé, l’allusion
à la paix dans la formule corse en dit long sur le climat troublé qui a
toujours agité la Corse et le monde entier.

Et enfin, si 2012 vous fait peur,
rappelez
vous qu’elle sera aussi la Première année internationale
des coopératives proclamée par l'ONU, l’Année internationale de l’énergie
durable pour tous et l’année Rousseau à l'occasion du tricentenaire de sa
naissance.
Alors,
« Bon dì è bon’annu è bon capu d’annu, pace è salute pè tuttu l’annu 2012 »