Nous sommes aujourd’hui le 8 décembre. Or ce jour se fête
tant à Lyon qu’en Corse.
Et pour comprendre ces liens improbables, remontons au
culte marial très important à Lyon et en Corse. Treize fêtes sont dédiées,
chaque année, à la Vierge Marie. Les plus connues sont le 8 septembre, date de
la Nativité de la Vierge, le 25 mars, date de l’annonciation et le 15 août,
date de la dormition ou Assomption de la Vierge. En Corse, ces fêtes donnent
lieu à de nombreuses processions et pèlerinages. Mais revenons au 8 décembre
qui fête l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, c’est-à-dire le fait
que les parents de Marie, Anne et Joachim, l’aient conçue intacte de toute
souillure du péché originel. Notons qu’il faut attendre 1477 pour que la
date de l’Immaculée conception soit fixée au 8 décembre, soit 9 mois avant
le 8 septembre !!! Mais dès le 11ème siècle et particulièrement au 13ème
siècle, avec les Franciscains, très présents en Corse, elle est déjà fêtée. Au
17ème siècle, elle devient la fête nationale du Portugal. Et ce concept
d’immaculée conception de la Vierge va inspirer de nombreux tableaux. Cette
notion ne deviendra un dogme central du catholicisme qu’en 1854 avec Pie IX.
Les orthodoxes, quant à eux, ne le partagent pas. Dans le 3ème arrondissement
de Lyon, on construit en 1856 l’Eglise de l’Immaculée Conception.
Mais alors, comment en est-on venu à fêter avec autant de
ferveur le 8 décembre à Lyon ? Par une série de coïncidences que nous
allons rappeler. Depuis le Moyen-âge, Notre Dame de Fourvière, jouit d’un culte
fervent. A tel point qu’on lui présenta trois vœux d’importance pour mettre fin
à des situations périlleuses. Le vœu d’Anne d’Autriche en 1630 fut exaucé avec
la naissance de Louis XIV en 1638. Celui des échevins de Lyon le 8 septembre
1643 fit barrage à la dramatique série d’épidémies de peste qui décima un tiers
de la Ville soit 50 000 personnes en 70 ans. Depuis cette date, le maire de
Lyon et ses adjoints font le pèlerinage de la cathédrale St Jean à N .Dame
de Fourvière. Et de 1872 à 1884, en échange du vœu de 1870 de protéger Lyon des
armées prussiennes, on construisit la Basilique de Fourvière. J’espère que vous
me suivez.
Comment en est-on arrivé à fêter les lumières le 8
décembre ?
Le 8 septembre 1852, on avait prévu d’inaugurer le nouveau
clocher de la chapelle de Fourvière ainsi que la statue de la Vierge en bronze
doré. La date fut reportée au 8 décembre, à cause d’inondations et le 8
décembre, à nouveau, un orage empêche l’illumination du nouveau clocher et de
la statue avec des feux de Bengale. A la faveur d’une accalmie, les Lyonnais
mettent des lumignons à leurs fenêtres
et chantent jusqu’à la nuit des
cantiques en l’honneur de la Vierge Marie. Dès lors, la tradition des
illuminations du 8 décembre s’implantera à Lyon. Depuis 1989, avec le Plan
Lumière, on assiste à de nombreuses animations artistiques et à partir de 1999,
le 8 décembre s’est considérablement amplifié avec le festival des lumières qui
dure 4 jours et attire un public de 5 millions de personnes venues du monde
entier. Bref, on peut dire que le 8 décembre est un élément majeur de
l’identité collective lyonnaise.
Quel rapport avec la Corse et aussi avec son hymne, le Dio
Vi Salvi Regina ?
Retour en Corse au 18ème siècle qui a vu notre île secouée
par de nombreux soubresauts politiques et particulièrement à 1729, lorsque les
Corses s’insurgèrent contre l’oppression de la République de Gênes. Après de
multiples épisodes, le 8 janvier 1735, se tint au Couvent d’Orezza fondé en
1485 par les Franciscains une Consulte déterminante pour la Corse. Les grands
hommes du moment qui y participaient, Sébastien Costa, Luiggi Gafferi et le
père de Pascal Paoli, Giacinto Paoli énoncèrent la séparation définitive de la
Corse avec Gênes. La Constitution Corse, la première au monde, celle qui
inspira les Lumières et Rousseau était en germe. Et dans son article premier,
la Consulte d’Orezza déclare :
« Au nom de la
Très Sainte Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, de l'immaculée
Conception de la Vierge Marie, sous la protection de la Sainte Mère Avocate,
nous élisons, pour la protection de notre patrie et de tout le royaume
l'Immaculée conception de la Vierge Marie, et de plus nous décidons que tous
les armes et les drapeaux dans notre dit royaume, soient empreints de l'image
de l'Immaculée Conception, que la veille et le jour de sa fête [8 Décembre]
soient célébrés dans tout le royaume avec la plus parfaite dévotion et les
démonstrations les plus grandes, les salves de mousquetaires et canons, qui
seront ordonnées par le Conseil suprême di royaume. »
Lors de la Consulte de Corte du 30 janvier 1735 que fut
adopté le Dio Vi Salvi Regina comme hymne national.
C’est ainsi que le 8 décembre devint le jour de fête de la
nation corse et que les deux emblèmes (le drapeau et l’hymne) furent adoptés.
Le Dio Vi Salvi Regina, chant religieux dédié à la Vierge
Marie, fut créé en 1675 par un jésuite italien Francesco de Geronimo. Il a
proposé une version populaire du Salve regina écrit au 11ème siècle par
l’évêque du Puy. En Corse, on ne gardera que les deux premiers couplets et on y
rajoute un dernier couplet plus guerrier.
Dio vi salvi Regina
E Madre Universale
Per cui favor si sale
Al Paradiso.
Voi siete gioia e
riso
Di tutti i
sconsolati,
Di tutti i tribolati,
Unica speme.
Voi dei nemici nostri
A noi date vittoria ;
E poi l'Eterna gloria
In Paradiso.
En voici, la traduction en français.
Que Dieu vous garde,
Reine,
Et Mère universelle
Par qui on s'élève
Jusqu'au Paradis.
Vous êtes la joie et
le rire
De tous les
attristés,
De tous les
tourmentés,
L'unique espérance.
Sur nos ennemis
Donnez-nous la
victoire ;
Et puis l'Éternelle
gloire
Au Paradis
Il est toujours l’hymne identitaire de la Corse.
Quant au drapeau, il faudra attendre la Consulte de Corte
du 24 novembre 1762 pour que Pascal Paoli fasse de la tête de Maure au bandeau
relevé sur le front, l’emblème de la Corse. Pascal Paoli voulaient que les
Corses voient la Lumière.
C’est avec le mouvement du Ri-acquistu dans les années 70
que le 8 décembre sera à nouveau fêté en Corse, comme « a Festa di a
Nazione ».
Alors, en ce 8 décembre, si fort de symboles identitaires
pour les Lyonnais et les Corses, n’oubliez pas de lever la tête et de regarder
vers la Lumière !!!