Rédacteur invité :

Jean-Claude RIBAUT

Producteur de cédrats en Corse,

Président de l'AREFLEC et de CORSIC'AGROPOLE

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Fruit mythique pour chaque corse, le cédrat est un agrume apparu en Chine, et vraisemblablement le premier qui se diffuse en Asie, puis vers la Mésopotamie.


Cédrat


Au passage il prend le nom de « Pomme de Medée » en référence à la Mède en Perse. De là, il se diffuse dans tout le Bassin méditerranéen.

Employé dans les parfums, la médecine mais aussi dans la cuisine, les Romains en faisaient des « confitures sèches ».

Il arrive en Corse au premier siècle avant notre ère. A la fois pour toutes ces vertus, mais aussi pour une tradition religieuse juive, dans la fête des tabernacles, qui associe des branches de myrte, de saule et de palme à un cédrat.

Il se propage aussi tout au long du Maghreb pour arriver dans des sites extraordinaires de l’anti atlas marocain (variété « Etrog »), alors qu’en Italie il prend surtout souche en Calabre avec la variété « Diamante ».

Sur le plan variétal, le « cédrat de corse » dont le nom botanique est « Citrus medica L. Corsica » a, fait l’objet de toutes les curiosités ; En effet, il est le seul dans le monde dont la pulpe est douce et la fleur blanche, alors que tous les autres ont la pulpe acide et la fleur légèrement violacée.


Fleur de cédratier


Sur le plan économique en Corse, il perd peu à peu son aspect cultuel et prend au 19ème siècle un essor considérable dans la fabrication de fruits confits, opération généralement effectuée dans les pays destinataires de toute l’Europe (Livourne, le Sud de la France, la Hollande et l’Angleterre). Les fruits étaient généralement conservés et transportés dans une solution de saumure (eau de mer).

A l’apogée de ce commerce, à la fin du 19ème siècle, les statistiques des douanes font état de 6000 à 8000 tonnes exportées par an, ce qui est vraisemblablement largement en deçà de la vérité, compte tenu des surfaces cultivées sur les piedmonts de l’Ile.

A la fin du 19ème siècle la concurrence s’installe timidement en Crète, puis très vivement à Porto Rico sous l’impulsion du département de l’agriculture des États-Unis, après une période intense d’espionnage économique, tant de la part des américains que des anglais.


Rapport d'espionnage destiné à de hautes autorités britaniques


Le premier conflit mondial, des hivers rigoureux mais aussi les taxes sur les exportations de produits corses auront raison de ce fleuron de l’économie insulaire qui avait donné tant d’énergie et d’espoir aux paysans corses.

Toutes les tentatives pour redynamiser la culture du cédrat ont été vaines. Le renouveau de l’agrumiculture corse, mis en œuvre par le plan SOMIVAC, bien que soutenu par la recherche dans le cadre de la SRA de San Giuliano, remplacée depuis par l’INRA CIRAD, n’avait pas envisagé la promotion de cette culture.

Aujourd’hui quelques agriculteurs corses perpétuent cette culture sur moins d’une dizaine d’hectares, le plus souvent au nom de la Tradition et de la Culture. Il est vrai que c’est peu, mais nous n’oublierons pas d’ajouter pour terminer, que le cédrat a presque disparu de Crète (disparition curieusement liée à la chute du mur de Berlin), représente moins de 40 hectares en Calabre, est à l’agonie à Porto Rico, alors souhaitons lui un avenir meilleur en Corse.